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En 1871, la France sort exsangue de la guerre. Elle a perdu l'Alsace et une partie de la Lorraine. Ayant somme toute subi peu de dommages, Nancy, située à 25 km de la frontière allemande, va alors connaître un développement tant économique qu'industriel ou artistique exceptionnel, grâce à l'afflux de plusieurs dizaines de milliers d'émigrés alsaciens-lorrains annexés qui refusent la nationalité allemande.
La population de Nancy passe ainsi de 50 000 habitants à 120 000 en 30 ans, malgré une natalité relativement faible. Parmi tous ces immigrants se trouvent les futurs acteurs d'un courant artistique qui secouera l'Europe entière : l'Art Nouveau. On citera la famille Daum de Bitche, Louis Hestaux, Victor Prouvé et Emile Friant de Metz ou Jacques Grüber de Sundhausen.
Nancy voit donc sa population augmenter rapidement, créant ainsi une hausse des besoins et de la consommation. Les industriels "immigrés" ne tardent pas à créer de nouvelles usines, profitant de la nombreuse main-d'oeuvre disponible, donnant ainsi à Nancy un dynamisme économique sans précédent.
Parallèlement, le Baron Guerrier de Dumast travaille à transférer les universités annexées vers Nancy, afin de faire de cette dernière la capitale universitaire de l'Est. C'est ainsi que, bénéficiant déjà d'une aura universitaire (facultés des lettres et des sciences) initiée sous l'impulsion de Stanislas, Nancy se verra attribuer une faculté de médecine bientôt suivie de l'école de pharmacie et de la faculté de droit. De même, le doyen Bichat participe activement à la création de nouvelles écoles visant à répondre aux besoins des industries.
Ainsi naîtront une dizaine d'écoles professionnelles, comme le lycée laïc d'Henri Loritz qui désirait proposer une formation au plus grand nombre, à une époque où la plupart des établissements d'études professionnelles étaient privés et onéreux, et dont la construction fut encouragée par Emile Gallé. Une section spéciale devait bien entendu participer à la formation de spécialistes dont avait besoin l'Art Nouveau.
Le peintre Louis Théodore Devilly, directeur de l'école de dessin de Metz, fait son entrée à Nancy à la fin des années 1870 et est accueilli comme professeur à l'école municipale dont il fera changer les statuts en 1881, pour constituer l'Ecole des Beaux-Arts régionale. Ouvert à certaines idées émergeantes visant à concilier l'Art et l'industrie, il va former l'élite de l'Art Nouveau avec l'aide du sculpteur Charles Pètre (professeur d'Eugène Vallin), le peintre Jules Larcher ou le professeur d'architecture Lucien Bentz. L'Ecole des Beaux-Arts formera dès ses débuts les artistes qui composeront le mouvement de l'Ecole de Nancy : Emile André, Emile Friant, Jacques Grüber, Louis Guingot, Henri Gutton, Louis Hestaux, Eugène et Auguste Vallin... Ces artistes adhèrent rapidement au courant Art Nouveau qui se distingue, à Nancy, par le réseau relativement dense d'artistes pratiquant souvent plusieurs disciplines, où naissent des amitiés mais aussi des querelles et des clans.
Dans le même ordre d'idée, la population de l'époque fait preuve d'une certaine curiosité intellectuelle. Ainsi naît la première "Ecole de Nancy" (pour la distinguer de l'Ecole parisienne de Charcot), initiée par le Docteur Bernheim suite à la confrontation entre les susdits à propos des balbutiements de la psychothérapie, de l'hypnotisme et de ces sciences médicales nouvelles auxquelles commencera à s'intéresser un certain Sigmund Freud qui, après avoir été élève de Charcot, se ralliera aux théories de Bernheim suite à un séjour à Nancy. Mais ce sont aussi des découvertes en horticulture (Victor Lemoine) ou en optique (Henri Bellieni) qui intéressent "les gens".
On l'a vu, le Nancy de la fin du XIXe siècle dispose de tous les ingrédients pour permettre aux créateurs, industriels, artisans et artistes d'apprendre et d'exprimer leurs talents. En effet, les conditions, les idées et les hommes favorables à l'émergence d'un courant d'idées nouvelles, d'une révolution artistique, sont réunis dans la même ville. A tel point que les artistes locaux exposent leurs oeuvres dans les vitrines de magasins de la ville, notamment chez René Wiener installé rue des Dominicains, et dont la boutique devient le rendez-vous du Nancy artistique et littéraire ou, dès 1900, aux Magasins Réunis où Eugène Corbin (fils du fondateur du magasin) fait installer un salon de thé (tea room) dont il confie la réalisation aux artistes de la future Ecole de Nancy. Reste à trouver l'étincelle fédératrice de toutes ces énergies.
Elle se présentera sous la personne d'Emile Gallé, qui fonde en 1901 l'Alliance provinciale des industries d'art, laquelle prend rapidement le nom d'Ecole de Nancy. L'ambition de Gallé est de former les ouvriers d'art afin de conserver et faire évoluer les techniques, ainsi que de retenir les artistes en province. Désirant prémunir son Ecole et les artistes de la contrefaçon sans pour autant empêcher les ouvriers d'art de passer d'un atelier à l'autre, Gallé imaginera un certain nombre de clauses visant à assurer la confidencialité des travaux et procédés industriels au sein de l'Alliance. On le voit, l'Ecole de Nancy constitue avant tout une organisation d'artisans et d'industriels d'art désirant se protéger de la concurrence notamment étrangère (allemande et autrichienne surtout).
Pour parvenir à ses fins, Gallé a besoin d'argent. Pourtant, les contributions demandées pour appartenir à l'Alliance ne seront que symboliques : les fondateurs verseront 10 francs (environ 30 € d'aujourd'hui), les adhérents simples 6 francs (environ 18 € d'aujourd'hui), les mécènes 25 francs (75 € d'aujourd'hui), et les élèves ouvriers seront tout simplement exonérés. Le système de financement sera donc basé sur le mécénat et le produit d'expositions artistiques. Voire, dans une moindre mesure, de subventions publiques.
Pour comprendre ce mode de financement peu orthodoxe, car aléatoire en toute autre époque, il vous faut savoir que dans la mentalité des classes sociales les plus élevées de l'époque, l'investissement et l'initiative sont préférables à la rente oisive.
Si les débuts sont difficiles (l'Alliance manque de moyens pour financer la participation à l'exposition internationale de Turin en 1902, Daum et Fridrich ramenant malgré tout chacun un prix), l'Ecole de Nancy s'organise assez rapidement pour participer à l'Exposition de l'union centrale des Arts décoratifs de Paris en 1903. L'art de l'Ecole de Nancy est toutefois accueilli assez froidement par la critique parisienne.
Malgré le décès du Maître en 1904, l'Ecole de Nancy sait évoluer au fil des salons et expositions, multipliant prix et médailles.
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